Déconfinement : quelle stratégie territoriale  ?

Le gouvernement a annoncé récemment quelques pistes sur la mise en place du déconfinement, et parlé de spécificités régionales. «Le déconfinement doit se préparer avec les maires«, a annoncé le chef de l’Etat jeudi 23 avril. « Il doit s’adapter aux  réalités de chaque territoire », a ensuite précisé l’Elysée.

Chez KARETIS, nous analysons depuis un mois les évolutions département par département. Nous constatons que la situation sanitaire COVID est encore plus disparate entre départements d’une même région, que d’une région à l’autre. Il est bien de l’illustrer concrètement, les discours médiatiques ou politiques ayant tendance à se limiter au niveau régional. Pour cet article nous nous limitons aux régions dans lesquelles KARETIS a un site physique:  Auvergne-Rhône-Alpes et Ile-De-France. Mais l’ensemble des régions et départements sont  analysées dans notre tableau de bord interactif COVID-19:  karetis.com/dashboard-covid-19/

Analyse des hétérogénéités des territoires : comparaison  Ile-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes 

De base une situation structurelle déjà très disparate pour faire face au COVID-19.
Focus sur deux critères clefs de gestion de la crise du COVID :  capacités en  réanimation et proportion de personnes de plus de 60 ans (>90% des décès à date).

Population de plus de 60 ans 
Sur nos deux régions comparées :  26% de la population âgée de plus de 60 ans en Auvergne-Rhône-Alpes et 20% en Ile-De-France (vs 27% nationalement). Au sein ces régions, les disparités sont présentes, avec par exemple la jeune Seine St Denis (17% de la population seulement contre 23% pour Paris par exemple) ou encore les départements ruraux d’Auvergne-Rhône-Alpes plus âgés.
Analyse base données INSEE (détail des sources mentionné dans karetis.com/dashboard-covid-19/

60 ans IDF

60 ans AURA60 ans echelle 2 IDF

 

 

Lits de réanimation (avant crise) pour 100 000 habitants
le nombre de lits de réanimation (avant crise)  était en Ile de France 30% plus élevé que la moyenne nationale (10,4 lits pour 100 000 hab. vs 8,1 ) alors que leur nombre en Auvergne-Rhône-Alpes était 7% moins élevé que la moyenne nationale (7,5 ). Mais cela est encore plus disparate au niveau département au sein même de ces régions,  avec des capacités locales de réanimation corrélées à la densité de population (cf grandes vs moyennes et petites villes). Ainsi dans les départements des grandes villes comme Lyon ou Paris, la densité de lits de réanimation pour 100 000 hab. est nettement plus forte (11,8 pour le Rhône et 21,9 pour Paris) que dans les départements à plus faible densité de population (2,4 pour l’Ardèche et 5,8 pour les Yvelines).
Analyse base données DREES (détail des sources mentionné dans karetis.com/dashboard-covid-19/

Rea IDFRea AURAEchelle Rea

 

 

Par ailleurs, les effets de la crise sanitaire ont jusqu’à présent été très disparates par département, et si les pics ont été atteints dans beaucoup d’entre eux,  pour d’autres cela n’a pas encore eu lieu. 

Effets à date et niveau de maturité de la crise COVID

L’INSEE évalue depuis début Mars le nombre de décès cumulé en 2020 et le compare avec 2019. La surmortalité en 2020 est de 25% au niveau France (entre autres en lien avec le COVID évidemment).
Les différentes régions n’ont pas été impactées de la même manière. Ainsi la région Ile De France possède un taux de surmortalité élevé (91%) alors que la surmortalité en Auvergne-Rhône-Alpes est inférieure à la moyenne nationale avec 15%. Ceci est accentué au niveau départemental où des départements comme la Seine Saint Denis observe une surmortalité explosive à près de 128% alors que d’autres départements comme les Yvelines n’enregistrent qu’une surmortalité de 68%.  C’est également le cas dans la région Auvergne-Rhône-Alpes où des départements comme le Rhône enregistre plus de 34% de surmortalité alors que d’autres département comme le Cantal enregistre une sous-mortalité de 10%.
Analyse base données INSEE (détail des sources mentionné dans karetis.com/dashboard-covid-19/)
(Graphe ci-dessous dernières données INSEE disponibles au 25 avril: celles du 13 avril)

mortalite IDFmortalite AURAmortalite Echelle

 

 

L’impact n’a pas été le même. Pour s’en convaincre et évaluer la situation à date, il suffit d’observer les courbes d’évolution du nombre d’hospitalisations pour COVID par jour par département (rapportés à 100 000 habitants).
Nous voyons que si le pic du taux d’hospitalisation est passé pour la plupart des départements grâce au confinement, notamment en IDF, les taux d’hospitalisations COVID par habitant restent néanmoins encore hétérogènes (au 24 avril). Avec par exemple seulement 0,44 hospitalisé par jour pour 100 000 habitant, dans le Puy de Dôme (où aucun réel pic épidémique n’a encore été observé) à ~6  (soit 15 fois plus encore) dans le Val de Marne.

Courbe d’évolution du taux d’hospitalisation pour COVID par département (rapportés à 100 000 habitants)
(IDF: haut / AURA : bas)
IDF taux hospitalisation

AURA taux hospitalisation 2

Source: données data.gouv : dataset relatif à l’épidémie de COVID-19. Pour faciliter la lisibilité les graphes sont en moyenne lissée sur 7 jours, et nous n’avons pas mis tous les départements en Auvergne-Rhône-Alpes.
(détail des sources et toutes régions/départements mentionné dans karetis.com/dashboard-covid-19/)

Conclusion

La situation sanitaire COVID est encore plus disparate entre départements d’une même région, que d’une région à l’autre. Il est bien de l’illustrer concrètement, les médias ou politiques ayant tendance à se limiter aux tendances régionales.  Pour le déconfinement, le pilotage devra bien être effectué territoire par territoire pour toute alerte de vigilance ou application de mesures tels que limitations de déplacements non nécessaires, etc…